THÉÂTRE: « CIEL D’AIRAIN » BRISE LES TABOUS SOCIAUX ET SPIRITUELS
Présentée le 31 décembre à l’Église baptiste évangélique, Ciel d’airain, œuvre de Lumière Ibouanga, s’inscrit résolument dans une dramaturgie contemporaine. La pièce aborde avec audace plusieurs maux sociaux et spirituels profondément enracinés dans la société africaine.
Malgré une mise en scène parfois excessive, l’œuvre capte l’attention par la force de ses thématiques. La stérilité, au cœur de l’intrigue, est présentée comme une souffrance intime amplifiée par le poids du regard social, entre jugements familiaux et commérages blessants. À cette réalité s’ajoute le personnage de Tota Pata, ivrogne prisonnier de son addiction, qui incarne les dérives personnelles souvent banalisées ou ignorées.
La confrontation entre l’Église et les féticheurs constitue un axe majeur de la pièce, révélant les tensions spirituelles et culturelles vécues par de nombreuses familles, partagées entre foi chrétienne et croyances traditionnelles. Les scènes de confession, marquées par des quiproquos, mettent en lumière les limites humaines dans la gestion des secrets et des fragilités.
L’introduction d’un personnage homosexuel renforce la portée du propos en exposant les tabous sociaux et religieux encore très présents. Sa présence agit comme un révélateur des contradictions d’une société tiraillée entre morale, traditions et réalités contemporaines, interrogeant la capacité de l’Église et de la communauté à accueillir la différence sans condamnation systématique.
En définitive, Ciel d’airain réussit à susciter la réflexion et le débat. Au-delà du spectacle, la pièce dresse le portrait d’une société traversée de fractures profondes, où chaque personnage incarne une lutte intérieure et une quête de reconnaissance. Interprétée en lari, lingala et en français, l’œuvre renforce sa portée culturelle et son accessibilité, affirmant ainsi sa volonté de toucher un large public.
Annette Kouamba Matondo


