HUMOUR: PAPY, L’HUMOUR COMME REVANCHE SUR LE HANDICAP
De son vrai nom Papy Dieu-Le-Veut Veut Samba, Papy est une appellation qui intrigue, loi car il ne fait aucun cas rĆ©fĆ©rence Ć lāĆ¢ge ou Ć la grand-parentalitĆ©. DerriĆØre ce pseudonyme se cache un artiste au parcours singulier, qui a fait de sa diffĆ©rence une force.
BĆØgue de naissance, Papy a longtemps vĆ©cu avec ce que beaucoup considĆØrent comme un handicap, souvent synonyme de moqueries, de gĆŖne ou de mise Ć lāĆ©cart. Mais plutĆ“t que de se taire, il a choisi de prendre la parole, mieux encore : dāen rire. Sur scĆØne, son bĆ©gaiement devient un outil comique, un langage Ć part entiĆØre quāil manie avec intelligence et autodĆ©rision.
Son humour ne se limite pas Ć faire rire. Il dĆ©range parfois, interpelle souvent et instruit toujours. Ć travers ses sketches, Papy questionne le regard de la sociĆ©tĆ© sur le handicap et rappelle que la diffĆ©rence nāest pas un frein au talent, mais une autre maniĆØre de lāexprimer.
En transformant ses difficultĆ©s en matiĆØre premiĆØre artistique, Papy envoie un message fort : lāacceptation de soi est un acte de courage. Son parcours inspire, notamment les jeunes, Ć ne pas se laisser dĆ©finir par leurs faiblesses, mais Ć les transformer en moteur de rĆ©ussite.
Sur scĆØne comme dans la vie, Papy prouve quāon peut trĆ©bucher sur les mots et pourtant toucher juste. En effet, il a fait de son handicap une matiĆØre premiĆØre, non pas pour susciter la compassion, mais pour provoquer le rire et la rĆ©flexion.
Assumant pleinement son bĆ©gaiement, lāartiste transforme ce que la sociĆ©tĆ© perƧoit souvent comme une faiblesse en un puissant levier comique. Sur scĆØne, il ne cherche ni Ć masquer ni Ć corriger son langage : il en joue, le dĆ©tourne et sāen amuse avec une intelligence dĆ©sarmante.
à travers une auto-dérision assumée, il tisse des histoires banales en apparence, mais profondément ancrées dans le vécu collectif. Famille, voisinage, situations du quotidien, rapports sociaux : tout devient prétexte à raconter, à rire, mais surtout à révéler. Il prend un malin plaisir à exposer les difficultés auxquelles lui-même et les siens font face, sans jamais tomber dans le pathos. Le rire devient alors un miroir tendu à la société.
Il ne lui aura fallu que dix minutes pour embarquer le public le 31 dĆ©cembre dernier au sein de l’Ć©glise Baptiste Ć©vangĆ©lique missionnaire. Dix minutes pour crĆ©er une complicitĆ© immĆ©diate, installer un univers, capter lāattention.
Parents, anecdotes familiales, situations rocambolesques dans lesquelles il se retrouve malgrĆ© lui : chaque rĆ©cit est livrĆ© avec une sincĆ©ritĆ© qui touche autant quāelle amuse. Le public rit, mais reconnaĆ®t aussi ses propres travers et rĆ©alitĆ©s dans ces tableaux du quotidien.
Au-delĆ de lāhumour, la performance interroge. Elle questionne le regard portĆ© sur le handicap, la norme et la diffĆ©rence. En choisissant de rire de lui-mĆŖme avant que les autres ne le fassent, lāartiste renverse les rapports de force et impose son propre rĆ©cit.
Une dĆ©marche courageuse, maĆ®trisĆ©e, et profondĆ©ment humaine. Cette prestation confirme que lāhumour peut ĆŖtre un outil de rĆ©sistance sociale, un espace de libĆ©ration et de rĆ©appropriation de soi. Ici, le rire nāest pas une fuite : il est un acte.
Annette Kouamba Matondo


