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RDC: LE DÉBAT SUR LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION REFAIT SURFACE

Le débat sur la révision ou le changement de la Constitution de 2006 refait surface en République démocratique du Congo et ravive les tensions au sein de la classe politique. Relancée à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de la Loi fondamentale, cette question divise aussi bien la majorité que l’opposition, dans un contexte national marqué par la guerre dans l’Est du pays et de fortes préoccupations sécuritaires.

Plusieurs responsables politiques ont récemment pris position, relançant une controverse qui n’avait jamais totalement disparu du débat public.

La polémique a été ravivée par la sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo, président de l’AFDC-A et deuxième vice-président du Sénat. Lors d’une conférence de presse à Kinshasa, il s’est opposé à toute modification de la Constitution, estimant que la RDC ne souffre pas d’un problème de textes, mais plutôt d’un problème d’application des lois. Selon lui, « la Constitution est suffisamment claire » et le véritable défi réside dans le respect de ses dispositions par les dirigeants et les institutions. Il a également rappelé que le mandat du président de la République court jusqu’en 2028, rejetant l’idée d’une mission politique illimitée du chef de l’État.

Cette position a suscité de vives réactions au sein de l’Union sacrée de la Nation, la coalition au pouvoir. Plusieurs cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), dont le secrétaire général adjoint Déo Bizibu, ont critiqué la sortie de Bahati Lukwebo, estimant qu’elle va à l’encontre de la vision défendue par la majorité présidentielle. Pour ces responsables, la question de la révision constitutionnelle fait déjà l’objet de discussions au sommet de l’État, et les membres de la coalition devraient faire preuve de cohésion politique, surtout dans un contexte de crise sécuritaire nationale.

La controverse a également provoqué des remous institutionnels. Le bureau du Sénat s’est rapidement désolidarisé des propos du deuxième vice-président, précisant que sa position était personnelle et n’engageait en rien l’institution. Dans le même temps, certains sénateurs ont initié une pétition visant sa déchéance de ce poste, estimant que ses déclarations pourraient fragiliser l’unité politique de la majorité. Ces tensions illustrent les divergences profondes qui traversent aujourd’hui la coalition au pouvoir sur la question constitutionnelle.

Dans l’opposition, la réaction est tout aussi critique. L’opposant Jean-Marc Kabund considère que la relance de ce débat constitue un « faux débat » qui détourne l’attention des problèmes prioritaires du pays. Selon lui, ouvrir une discussion sur le changement de la Constitution alors que l’Est de la RDC est en proie à la guerre serait « moralement inacceptable et politiquement irresponsable ». Pour Jean-Marc Kabund, la priorité devrait plutôt être un dialogue politique national et la résolution de la crise sécuritaire qui affecte plusieurs provinces.

Kuzamba Mbuangu

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