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MEDIA UFEMCO

GFAC: QUAND LE LABORATOIRE DONNE UNE SECONDE VIE AU CHAMPIGNON SAUVAGE

Longtemps dĆ©pendante des saisons et de la cueillette en forĆŖt, la consommation de champignons sauvages pourrait connaĆ®tre un nouveau tournant au Congo. ƀ travers la CoopĆ©rative Agricole du Congo, le docteur et entrepreneur Ghislain Ngoubi expĆ©rimente la reproduction en laboratoire de certaines espĆØces sauvages afin de les rendre disponibles tout au long de l’annĆ©e. Une initiative qui contribue Ć  l’émergence de la myciculture, une filiĆØre encore jeune dans le pays.

Cette dynamique s’inscrit dans les pas d’autres acteurs qui se sont dĆ©jĆ  intĆ©ressĆ©s Ć  la culture des champignons, notamment l’ingĆ©nieur TsenguĆ©-TsenguĆ©, Ć  travers son entreprise Bio Tech du Congo, ainsi que le biologiste Franck GaĆ«tan Loubanou Tchibinda. D’autres entrepreneurs commencent Ć©galement Ć  explorer cette activitĆ©, encore peu dĆ©veloppĆ©e au Congo.

Au Congo, plusieurs variétés de champignons sont traditionnellement récoltées en forêt, principalement au début de la saison des pluies, notamment entre septembre et novembre. Leur disponibilité reste donc fortement liée au cycle naturel.

C’est en partant de ce constat que la CoopĆ©rative Agricole du Congo s’est intĆ©ressĆ©e Ć  leur reproduction en laboratoire. Les spĆ©cimens sauvages sont prĆ©levĆ©s durant leur pĆ©riode d’apparition, puis Ć©tudiĆ©s afin de permettre leur multiplication dans un environnement contrĆ“lĆ© a laissĆ© entendre le docteur Ghislain Ngoubi. Ā« Nous avons commencĆ© par prĆ©lever ces champignons sauvages, puis Ć  les ramener au laboratoire afin de les Ć©tudier et de les multiplier. Cette technique nous permet aujourd’hui de reproduire les champignons dans un environnement contrĆ“lĆ© et de les rendre disponibles au-delĆ  de leur pĆ©riode naturelle de rĆ©colte Ā».

L’objectif de cette direction, est de sortir d’une production exclusivement saisonniĆØre et de proposer aux consommateurs des champignons locaux Ć  diffĆ©rentes pĆ©riodes de l’annĆ©e. En outre si la technique ouvre des perspectives intĆ©ressantes, la production de semences constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles au dĆ©veloppement de l’activitĆ©. La coopĆ©rative doit ainsi recourir Ć  des techniques artificielles pour produire ses propres semences.

Ā« Nous avons dĆ» dĆ©velopper des techniques artificielles pour produire nos propres semences. Mais si nous pouvions disposer des moyens nĆ©cessaires pour les produire en grande quantitĆ©, nous pourrions considĆ©rablement Ć©largir notre activitĆ© et rĆ©pondre Ć  la demande d’un plus grand nombre de clients Ā», souligne Ghislain Ngoubi.

Pour le docteur, la disponibilitĆ© de semences en quantitĆ© suffisante permettrait non seulement d’augmenter la production, mais aussi de faciliter l’accĆØs Ć  cette activitĆ© pour d’autres producteurs. Encore Ć©mergente, la myciculture pourrait constituer une nouvelle niche pour l’agriculture congolaise. Elle offre des possibilitĆ©s de diversification de la production alimentaire et pourrait Ć©galement crĆ©er des activitĆ©s gĆ©nĆ©ratrices de revenus, notamment pour les jeunes.

Ā« Pour que les Congolais puissent davantage profiter de cette ressource et que les jeunes puissent notamment s’y intĆ©resser, il faut parvenir Ć  dĆ©velopper une production Ć  grande Ć©chelle Ā», estime l’entrepreneur. Mais le passage Ć  une production industrielle nĆ©cessite des investissements dans les Ć©quipements, la recherche, la production de semences, la formation et l’accompagnement des producteurs. L’accĆØs au financement demeure Ć©galement dĆ©terminant pour permettre aux initiatives existantes de franchir un nouveau cap.

L’expĆ©rience de la CoopĆ©rative Agricole du Congo illustre ainsi une Ć©volution progressive du secteur agricole congolais. Au-delĆ  des cultures traditionnelles comme le manioc, le maĆÆs, le riz ou les lĆ©gumes, de jeunes entrepreneurs investissent dĆ©sormais des filiĆØres de niche et cherchent Ć  valoriser des ressources jusque-lĆ  essentiellement exploitĆ©es de maniĆØre artisanale. Pour Ghislain Ngoubi, le potentiel est rĆ©el, Ć  condition de renforcer les moyens disponibles. Ā« Avec davantage de moyens techniques, de semences et d’accompagnement, nous pourrions augmenter significativement notre production et faire dĆ©couvrir davantage les champignons produits localement aux consommateurs congolais Ā», conclut-il.

En dĆ©finitive, le dĆ©veloppement de cette filiĆØre dĆ©pendra donc de la capacitĆ© Ć  structurer les initiatives existantes, Ć  renforcer la recherche et la production de semences et Ć  faciliter l’accĆØs aux financements. Une condition nĆ©cessaire pour transformer une ressource saisonniĆØre de la forĆŖt en vĆ©ritable opportunitĆ© agricole et Ć©conomique.

Annette Kouamba Matondo et Sandra BakouikaĀ 

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