CINÉMA DOCUMENTAIRE PANAFRICAIN: LEBON CHANSARD ZIAVOULA DÉVELOPPE UN PROJET DOCUMENTAIRE EN MÉMOIRE DE SA MÈRE
Le photographe congolais Lebon Chansard Ziavoula dit « Zed Lebon » fait partie des auteurs sélectionnés pour participer aux Ateliers cinéma de la Grande Mine des Cinéastes, une initiative panafricaine consacrée au développement de projets de documentaires long-métrage. Prévue du 23 au 27 mars 2026 à Cotonou, au Bénin, cette rencontre réunira plusieurs créateurs africains autour de l’écriture et de la structuration de récits inspirés des réalités du continent. Entretien.
Union des Femmes des Médias du Congo (UFEMCO): Vous êtes photographe et promoteur du festival Kokutan’Art et de Mbongui Art Photo. Que représente pour vous cette sélection ?
Lebon Chansard Ziavoula (L.C.Z): C’est d’abord une reconnaissance importante pour mon parcours artistique. Depuis plusieurs années, je développe des espaces de création autour de l’image. Être sélectionné à la Grande Mine est aussi une responsabilité : celle de porter le cinéma congolais dans un espace panafricain de création et de dialogue, tout en apprenant aux côtés d’autres auteurs du continent.
UFEMCO : Pourquoi avoir choisi le cinéma documentaire ?
L.C.Z : La photographie me permet d’interroger la mémoire et les traces laissées par les histoires humaines. Mais certaines histoires demandent plus que l’instant photographique. Elles ont besoin de parole, de mouvement et parfois même de silence. Le cinéma documentaire me permet d’explorer cette profondeur tout en conservant mon regard de photographe.
UFEMCO : Quel projet allez-vous développer à Cotonou ?
L.C.Z : Le film s’intitule « Itatolo, terre des morts ». C’est une quête personnelle autour de la mémoire de ma mère disparue, dont je ne possède presque aucune image. Trente-quatre ans après sa mort, je pars à la recherche de sa tombe au cimetière d’Itatolo à Brazzaville. À travers cette démarche intime, le film interroge la disparition, le silence et la transmission.
UFEMCO : Quel regard un photographe apporte-t-il au documentaire ?
L.C.Z : Le photographe est très attentif à la composition, à la lumière et à la force symbolique d’une image. La photographie m’a appris la patience et l’observation, des qualités essentielles dans le cinéma documentaire, où il faut parfois attendre longtemps pour que la vérité d’un moment apparaisse.
UFEMCO : Quels sont, selon vous, les défis du cinéma documentaire africain ?
L.C.Z : Le principal défi reste l’accès aux moyens de production et aux circuits de diffusion. Beaucoup d’histoires fortes existent sur le continent, mais elles manquent de structures pour être produites et partagées. Il est aussi essentiel de développer davantage d’espaces de diffusion en Afrique pour nos propres récits.
UFEMCO : Que représente pour vous la rencontre avec d’autres créateurs africains lors de cet atelier ?
L.C.Z : Ces rencontres permettent de confronter nos regards, d’enrichir nos démarches et de créer des liens durables. Elles contribuent à construire un réseau de solidarité entre créateurs du continent.
UFEMCO : Quel regard souhaitez-vous porter sur le Congo à travers ce film ?
L.C.Z : Un regard intime mais universel. À travers l’histoire de ma mère, je veux montrer comment les individus tentent de reconstruire des liens avec la mémoire et avec ceux qui ne sont plus là.
UFEMCO : Si votre film devait laisser une seule idée au public ?
L.C.Z : Comment faire vivre une mère lorsque tout ce qui reste d’elle relève de l’imaginaire et de la mémoire fragmentée ? Ce film est une manière de combler une absence et de lui offrir, à travers l’image en mouvement, une seconde vie.
Propos recueillis par Diva Nath


