JANE VIALLE : UNE ICONE DE LA LUTTE POUR LE DEVELOPPEMENT SOCIAL EN AFRIQUE
NĆ©e le 27 aoĆ»t 1906 Ć Ouesso, au Congo-Brazzaville, et dĆ©cĆ©dĆ©e le 9 fĆ©vrier 1953 Ć Villenave-dāOrnon, en France, Jane Vialle fut une journaliste, une rĆ©sistante et une femme politique franƧaise. Plus connue au Congo quāen Centrafrique, pays où elle sāest illustrĆ©e sur le plan politique, elle fut la seule sĆ©natrice noire sous la IVįµ RĆ©publique.
Une enfance marquƩe par la colonisation
Lāhistoire de Jane Vialle commence dans un contexte colonial marquĆ© par lāoccupation des terres congolaises par les explorateurs et les colons franƧais. En 1899, le Congo est cĆ©dĆ© Ć des compagnies concessionnaires, dont la Compagnie franƧaise du Haut-Congo, spĆ©cialisĆ©e dans le commerce, qui obtient la concession dāun territoire dāenviron 36 000 kilomĆØtres carrĆ©s, incluant le lieu de naissance de Jane. Son pĆØre, Michel Vialle, y est employĆ© avant de rejoindre, lāannĆ©e suivante, la SociĆ©tĆ© des sultanats du Haut-Oubangui, active dans le commerce du caoutchouc et de lāivoire. Il sāinstalle alors Ć Bangassou, dans lāactuelle RĆ©publique centrafricaine, et y emmĆØne Jane.
En 1914, alors que la Première Guerre mondiale éclate, Jane rentre à Paris avec son père. Elle y achève son enfance et ses études, obtenant son baccalauréat en 1925, un exploit à une époque où une femme noire devait affronter à la fois sexisme et racisme.
De la presse à la Résistance : un engagement sans faille
AprĆØs un mariage suivi dāun divorce en 1940, Jane Vialle se consacre Ć sa carriĆØre et devient secrĆ©taire-rĆ©dactrice Ć lāagence dāinformation OpĆ©ra Mundi. Elle travaille ensuite Ć Marseille pour le journal Confidences et Ć©crit des contes et nouvelles pour des journaux africains.
Au dĆ©but de la Seconde Guerre mondiale, Ć Marseille, elle frĆ©quente un foyer dāĆ©tudiants africains et asiatiques où elle rencontre des rĆ©sistants. Proche de Jean GemƤhling, chef du rĆ©seau de renseignements du mouvement Combat, elle devient sa secrĆ©taire et sāengage dans la RĆ©sistance. Espionne, elle collecte des informations sur les mouvements des troupes nazies en Europe.
Journaliste et sĆ©natrice : une femme dāinfluence
AprĆØs la guerre, Jane Vialle devient journaliste Ć lāAgence France-Presse (AFP) et correspondante pour plusieurs journaux dāAfrique-Occidentale franƧaise. En parallĆØle, elle fonde en 1948 le journal de lāAssociation des Femmes de lāUnion FranƧaise dāOutre-mer et de MĆ©tropole, où elle dĆ©fend le rĆ“le des femmes dans la RĆ©sistance et milite pour leur Ć©ducation.
PortĆ©e par sa volontĆ© dāÅuvrer pour lāAfrique, elle se lance en politique et fonde en 1946 lāAssociation pour lāĆ©volution de lāAfrique noire en Oubangui-Chari (actuelle RĆ©publique centrafricaine). Ćlue sĆ©natrice comme candidate indĆ©pendante avant de rejoindre le groupe socialiste, elle fait la rencontre de la sĆ©natrice noire rĆ©sistante ĆbouĆ©-Tell. Ensemble, elles militent pour lāĆ©galitĆ© et dĆ©noncent les inĆ©galitĆ©s entre les conseillers de la RĆ©publique de la mĆ©tropole et ceux dāOutre-mer.
RƩƩlue en 1948 avec 11 voix sur 16 suffrages exprimĆ©s, Jane Vialle devient vice-prĆ©sidente de la commission sur la France dāOutre-mer, puis membre de la commission du Travail et de la SĆ©curitĆ© sociale. En 1950, elle rejoint la commission de lāĆducation nationale et Åuvre pour lāharmonisation des programmes scolaires et lāamĆ©lioration de lāenseignement professionnel.
En 1949, elle publie un mĆ©morandum dĆ©nonƧant lāesclavage en Afrique. Cependant, face aux lenteurs politiques, elle ressent frustration et amertume.
En 1952, battue aux Ć©lections par Hector RiviĆ©rez, Jane Vialle voit son ascension politique stoppĆ©e. LāannĆ©e suivante, elle meurt tragiquement Ć 46 ans, victime dāun accident dāavion.
Un hƩritage toujours vivant
Le nom de Jane Vialle rĆ©sonne encore aujourdāhui : une rĆ©sidence Ć Marseille, Ā un dispensaire Ć OuenzĆ©, le 5ĆØme arrondissement Ā et un autre au quartier Roy, Ć Pointe-Noire, perpĆ©tuent sa mĆ©moire.
Diva Nath


