CANCER DU SEIN : « LE CONGO A ENREGISTRE 530 NOUVEAUX CAS ET 241 DECES »
Malgré les avancées médicales, le cancer du sein reste un fléau majeur en République du Congo : en 2022, 530 nouveaux cas ont été recensés et 241 vies ont été perdues. En attendant de nouvelles données sur cette pathologie, ces chiffres alarmants rappellent l’urgence de renforcer les campagnes de dépistage, la sensibilisation et l’accès aux traitements pour sauver des vies. Le professeur Alexis Fortuné Bolenga Liboko oncologue médical au CHUB (spécialiste des maladies cancéreuses autant dans le diagnostic que dans la prescription) et enseignant à l’université Marien-Ngouabi nous parle de cette maladie qui touche de plus en plus femmes au Congo et à travers le monde.
Ufemco : En terme claire qu’est-ce que le cancer et quels sont les causes de cette maladie ?
Alexis Fortuné Bolenga Liboko (A.F.B.L) : Le cancer de sein entre dans le cas des maladies chroniques. C’est une maladie qui est due à une multiplication exagérée d’une cellule du sein qui au début était une cellule normale mais a subi des modifications ou des altérations suite à l’exposition de certains facteurs de risques extérieurs (exogènes), entraînant une altération de l’ADN de la cellule. On parlera plutôt des facteurs de risques. Il y a en premier lieu, l’alimentation riche en protéines animales, l’inactivité physique, l’obésité pour les facteurs exogènes, il les facteurs naturels comme l’âge, la puberté précoce, la ménopause tardive, les hormones (œstrogènes) vu que 70% de cas de cancer de sein est d’origine hormonale.
Ufemco : Le cancer de sein ne touche que les femmes?
Alexis Fortuné Bolenga Liboko: Il touche aussi les hommes même si le pourcentage est faible. Entre 0 et 1% chez les hommes et plus 99% chez les femmes. C’est aussi ce qui explique octobre rose car nous mettons un accent particulier sur la femme parce que le sein chez la femme symbolise la féminité, la sexualité et la maternité.
Ufemco : Quel est l’âge moyen de survenue du cancer chez la femme?
A.F.B.L: L’âge moyen de survenue du cancer au Congo chez la femme est de 50 selon les études que nous avons eu à réaliser. Mais la tranche d’âge touchées est comprise entre 35 et 55 ans.
Ufemco : Parlez-nous des différents traitements tout au long du processus de guérison ?
A.F.B.L: Il y a Les traitements locaux régionaux et les traitements généraux. Dans le traitement locaux régionaux, il y a la chirurgie, il s’agit d’extraire la boule avec des marges de sécurité, c’est une chirurgie conservatrice. Après la chirurgie on passe à la radiothérapie, c’est un traitement ou l’on fait recouru aux rayons ionisants pour pouvoir traiter le site qu’on a précédemment amputer grâce à une chirurgie partielle, conservatrice ou radicale. Une fois que ces examens ont été faits, le patient passe au module systémique ou général. Ce sont des médicaments que le malade prend par voie orale ou injectable. Il y a également l’hormonothérapie qui vise à stopper la stimulation de la tumeur par les hormones. Il y a aussi les thérapies ciblées qui sont des médicaments qui cible une altération donnée qu’on a retrouvé dans la cellule cancéreuse. Enfin, il y a l’immunothérapie qui n’est à l’heure actuelle pas le traitement dominant, mais peut en revanche aider à éradiquer la tumeur.
Ufemco : Quels les moyens de prévention du cancer du sein?
A.F.B.L: Pour prévenir du cancer du sein nous avons deux actes, il y a la prévention en terme de dépistage organisé à partir de 50 ans. Il y a aussi le dépistage individuel que l’on peut faire peu importe l’âge lorsqu’on soupçonne une anomalie au niveau du sein. Et s’il y a des antécédents familiaux, ne pas attendre pour se faire dépister.
Ufemco : Pourquoi les femmes hésitent- elles à se faire dépister ?
A.F.B.L: Je pense que c’est un problème culturel. De plus au Congo, il n’y a pas de dépistage organisé pour les femmes à partir de 50 ans comme en France, ou les femmes vont faire leur mammographie spontanément car l’examen est gratuit. En ce qui concerne le Congo, beaucoup de paramètres entrent en jeu, les croyances mystiques et toutes les conspirations autour de cette maladie. Aussi, les soins ne sont pas gratuits. Et donc c’est un frein pour beaucoup de patientes car l’examen n’est pas non plus donné. Ce qui fait que les patientes arrivent pour la plupart dans un état assez avancé de la maladie.
Ufemco : Qu’on est-il des statistiques?
A.F.B.L: En 2022, le Congo à dénombrer 2227 cas de cancers de tout type et de tout âge confondu. Le cancer du sein chez la femme a occupé la première place avec 530 nouveaux cas dont 241 cas de décès.
Ufemco : Comment réagissent les patients une fois diagnostiquées positives?
A.F.B.L: Le diagnostic du cancer entraîne un bouleversement psychologique chez les patients et chacun réagit selon sa sensibilité. Ils sont tellement déboussolés hommes ou femmes qu’ils vous écoutent à peine et ne comprennent pas vraiment vu qu’ils sont sur le choc. Il faut donc beaucoup de tact et de patience et c’est pour cette raison que sous d’autres cieux quand on informe le patient des résultats, il est recommandé que celui-ci soit accompagné par un autre médecin pour qu’il soit bien informé, car certains sont dans le déni, ils refusent de croire à cette vérité pesante car il l’assimile déjà à la mort et parfois cela rend difficile la relation entre le patient et le médecin. Il y a aussi ceux qui vivent dans les excès en succombant à tous leurs désirs car ils se disent qu’ils ont peu de temps à vivre. Il y a ceux qui sont passifs, ils remettent leurs sorts entre les mains des médecins sans poser de questions et se soumettent aux exigences du traitement pour recouvrer leur santé.
Ufemco : Est ce que les patients acceptent de se faire accompagner par des psychologues?
A.F.B.L: L’accompagnement psychologique se fait juste après le diagnostic et ce jusqu’à la prise en charge. Le problème est que les patients confondent le psychologue au psychiatre. Mais comme le médecin n’est pas seulement qui administre le traitement sans se soucier de l’état mental du patient, alors il m’arrive souvent de jouer le rôle du psychologue, d’ailleurs tous mes patients ont mon numéro, cela me permet d’être en contact permanent avec eux via WhatsApp, appels et messages, même en dehors de mes heures de travail.
Ufemco : Le plan national de lutte contre le cancer a été lancé en 2021 et prend fin en 2026. Combien de patients avez-vous déjà accompagner jusqu’à cette date?
A.F.B.L: Le programme n’avance pas à mon sens car le grand problème est qu’il n’y a pas de bon management.
Propos recueillis par Berna Marty


