DE LA MACHINE À COUDRE AU MARTEAU : L’HISTOIRE DE MELVIE
À la carrière de Kombé, dans la périphérie sud de Brazzaville, le bruit des marteaux résonne sans cesse. Parmi les hommes et les femmes qui s’activent sous un soleil accablant, Melvie Nganga, la trentaine révolue, se distingue par un parcours singulier. Mariée et mère de quatre enfants, cette ancienne couturière a troqué, du moins temporairement, sa machine à coudre contre un marteau.
« Je vais assez tôt à la carrière, car ce n’est pas non plus la porte à côté. Il faut arriver avant que le soleil ne soit trop fort », confie-t-elle, tout en poursuivant son travail. Chaque jour, Melvie se retrouve à la carrière de Kombé au côté de son mari pour travailler. Et pendant les vacances scolaires, ses enfants viennent également lui prêter main-forte, notamment pour le tri des pierres.
Si la couture et la casse des pierres semblent appartenir à deux univers radicalement différents, Melvie y voit pourtant de nombreuses ressemblances. « Comme dans la couture, il y a plusieurs étapes. D’abord, on choisit le tissu, on le coupe, puis vient la couture, qui peut durer une journée ou plusieurs semaines selon le modèle », explique-t-elle.
À ses yeux, le même processus s’applique à son travail à la carrière. « Il y a d’abord la pierre brute, ensuite on la casse, puis on la trie selon les tailles. C’est un travail qui demande beaucoup de minutie, de patience et de concentration. »
Derrière ce parallèle étonnant se cache une réalité plus dure : celle d’une femme contrainte de troquer la machine à coudre contre le marteau. Si elle exerce aujourd’hui ce métier éprouvant, ce n’est pas par passion, mais parce que les impératifs économiques l’ont poussée à chercher un moyen de subvenir aux besoins de sa famille.
« En trois jours de travail, je peux gagner jusqu’à 50 000 francs CFA. En couture, c’était impossible. Les clients viennent surtout à l’approche des fêtes. En dehors de ces périodes, les commandes se font rares », confie Melvie.
Pour la jeune femme, la concurrence des vêtements importés à bas prix a considérablement fragilisé le métier de couturier. « Beaucoup d’artisans ont été contraints de diversifier leurs activités pour survivre », explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à la carrière de Kombé, où les revenus sont plus réguliers, mais obtenus au prix d’un travail d’une extrême pénibilité.
Chaque journée est une épreuve. Il faut soulever de lourdes pierres, les briser à coups de marteau, puis les trier selon leur taille. Un travail répétitif qui exige force physique, endurance et concentration. Ici, l’apparence passe au second plan. Les mains de Melvie témoignent de la rudesse de son quotidien : paumes écorchées, bras marqués par l’effort et ongles constamment recouverts de poussière.
Dans cet environnement où les accidents sont fréquents, la prudence est devenue une nécessité. « Au vu des nombreux accidents sur le site, ma priorité est avant tout de protéger mes doigts. Ce sont eux qui nous nourrissent », souligne-t-elle. Plus que l’élégance, ce sont désormais les équipements de protection qui occupent une place essentielle dans son quotidien.
Malgré les difficultés, Melvie n’a jamais renoncé à sa première passion. Pendant son temps libre, elle reprend son aiguille pour confectionner quelques vêtements destinés à des proches ou à des clients fidèles. La couture demeure son véritable projet d’avenir.
« La casse des pierres n’est qu’une étape. Je veux travailler, économiser un peu d’argent et ouvrir mon propre atelier de couture. C’est un métier qui offre davantage de perspectives et une meilleure sécurité pour la retraite », affirme-t-elle avec conviction.
En attendant que ce rêve se réalise, Melvie poursuit son combat quotidien, partagée entre le marteau et l’aiguille. Si les pierres lui permettent aujourd’hui de subvenir aux besoins de sa famille, c’est bien la couture qui continue de faire battre son cœur. Elle espère qu’un jour, le bruit du marteau laissera définitivement place au doux ronronnement de sa machine à coudre.
Annette Kouamba Matondo



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