GFAC: RAPPROCHER LA SCIENCE DES PRATIQUES AGRICOLES
Loin de la frĆ©nĆ©sie des stands et des expositions de la Grande Foire Agricole du Congo (Gfac), lāavenir de lāagriculture congolaise sāest Ć©galement dessinĆ© au cours de 15 jours dāateliers thĆ©matiques. Du 5 au 19 aoĆ»t 2026, Ć Bambou-Mingali, dans le district dāIgniĆ©, le ministĆØre de lāEnvironnement, du DĆ©veloppement durable et du Bassin du Congo a rĆ©uni agriculteurs, coopĆ©ratives agricoles, enseignants-chercheurs, personnels du Programme dāutilisation durable des terres et plusieurs autres acteurs du secteur.
Ces ateliers ont explorĆ© les moyens de rapprocher les connaissances issues de la recherche scientifique des rĆ©alitĆ©s du terrain et du quotidien des agriculteurs. Le 12 aoĆ»t, lāimpact des changements climatiques sur les sols congolais et les cultures a Ć©tĆ© au centre des Ć©changes autour du thĆØme : Ā« Changement climatique et impact sur le foncier : quels enjeux pour une agriculture durable et une gestion rĆ©siliente des terres ? Ā». Lāobjectif Ć©tait de mieux connaĆ®tre les sols et dāadapter les pratiques ainsi que les cultures pour amĆ©liorer les rendements, tout en prĆ©servant la biosphĆØre. Intervenant lors de ce panel, le professeur Jean de Dieu Nzila, pĆ©dologue et enseignant-chercheur Ć lāUniversitĆ© Marien Ngouabi, a insistĆ© sur lāimportance de bonnes pratiques en matiĆØre dāenrichissement des sols.
Ā« Nous avons donnĆ© aux cultivateurs prĆ©sents quelques bonnes pratiques agricoles qui respectent le sol. Notamment le raisonnement de la fertilisation avant dāutiliser des engrais. Ils doivent dāabord connaĆ®tre la nature du sol quāils cultivent, ses besoins et ceux des plantes quāils veulent produire. Ainsi, on apporte uniquement ce qui manque au sol pour rĆ©pondre aux besoins des plantes. Cāest le mĆŖme principe pour lāutilisation de la mĆ©canisation : on ne peut pas labourer tous les sols avec les mĆŖmes types de tracteurs. Il y a des tracteurs rĆ©servĆ©s aux sols argileux, plus lourds et cohĆ©rents, et des tracteurs rĆ©servĆ©s aux sols lĆ©gers Ā», a-t-il expliquĆ©.

Mais entre les recherches scientifiques menĆ©es dans le pays et lāapplication des connaissances qui en dĆ©coulent, le fossĆ© reste encore important. Ā« Nous sommes tous conscients, dans ce pays, que nous faisons plus de thĆ©orie que de pratique. Le Congolais a du mal Ć faire le saut de lāun vers lāautre. Lāun des maux qui minent lāĆ©volution des techniques agricoles est le fait de ne pas mettre au service des usagers les Ć©tudes qui ont Ć©tĆ© rĆ©alisĆ©es et validĆ©es dans les laboratoires et dans les diffĆ©rentes recherches bibliographiques Ā», a confiĆ© JosĆ©phine Bouanga, elle aussi pĆ©dologue.
Lāimpact des changements climatiques se manifeste Ć©galement sur la disponibilitĆ© et la gestion des terres. A ce propos, les peuples autochtones ont prĆ©sentĆ© leurs prĆ©occupations. Nombreux sont ceux qui ne disposent pas de documents attestant de leur droit de propriĆ©tĆ©. Ils sont ainsi souvent confrontĆ©s Ć des conflits liĆ©s aux activitĆ©s des exploitants forestiers ou miniers. Le panel a donc Ć©tĆ© lāoccasion pour eux de porter leur plaidoyer. Ā« Lorsquāon donne des permis dāexploitation forestiĆØre Ć une compagnie dāexploitation du bois ou des mines, elle dĆ©loge les peuples autochtones quāelle trouve sur place. Nous avons besoin que lāĆtat nous donne des actes de propriĆ©tĆ© afin de ne plus subir ces dĆ©logements forcĆ©s et la destruction de nos habitations ainsi que de nos terres Ā», ont-ils plaidĆ©.
Au-delĆ des stands et des expositions, la Gfac sāest ainsi affirmĆ©e comme un espace dāĆ©changes, dāapprentissage et de rĆ©flexion. Lāenjeu reste dĆ©sormais de transformer les connaissances scientifiques produites dans les laboratoires et les centres de recherche en pratiques accessibles aux agriculteurs, afin de construire une agriculture moderne, productive et adaptĆ©e aux dĆ©fis climatiques.
Sandra BakouikaĀ


