RDC: 8 MILITAIRES JUGÉS POUR L’ ARRESTATION BRUTALE D’UNE PRÉSUMÉE BRAQUEUSE
La violence des forces de l’ordre lors de l’arrestation d’Honorine Porsche, une femme de nationalité allemande d’origine Congolaise soupçonnée de braquage à Kinshasa, provoque une vague d’indignation en République démocratique du Congo. Le président Félix Tshisekedi a exigé des sanctions contre les agents impliqués, tandis que plusieurs autorités et chancelleries dénoncent un traitement jugé « inhumain et dégradant ».
Les faits se sont déroulés vendredi 16 octobre, au cœur de Kinshasa, sur la place Victoire, lors d’une tentative de braquage d’une agence de la Rawbank. L’opération, menée en plein jour, a provoqué la panique dans le quartier. Des tirs ont retenti avant que les forces de sécurité n’encerclent les lieux. Après plusieurs heures de tension, les présumés braqueurs ont été maîtrisés sans blessés.
Parmi eux, Honorine Porsche a été identifiée comme principale suspecte. Selon des sources diplomatiques, il s’agit bien d’une citoyenne allemande, même si certaines vidéos la montrent s’exprimant en lingala, l’une des langues nationales de la RDC.
Peu après son arrestation, des images filmées par des témoins ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. On y voit la jeune femme malmenée, violentée et partiellement dénudée par des membres des forces de l’ordre en uniforme.
Des violences filmées et largement condamnées
Les vidéos, d’une extrême violence, montrent Honorine Porsche insultée, traînée au sol, jetée à l’arrière d’un camion et soumise à des attouchements devant une foule de curieux. Ces scènes, largement relayées sur Internet, ont choqué l’opinion publique congolaise et internationale.
L’ambassade d’Allemagne à Kinshasa a confirmé qu’il s’agit d’une citoyenne allemande, précisant ne pas pouvoir donner plus de détails « pour sa protection ». Dans un communiqué, elle a condamné fermement les violations présumées des droits humains, appelant les autorités congolaises à faire respecter la loi et à poursuivre les responsables.
De son côté, la ministre congolaise du Genre a dénoncé des actes d’humiliation publique infligés à la jeune femme. Lors du Conseil des ministres du vendredi 17 octobre, le président Tshisekedi a également réagi, demandant « des sanctions et des poursuites contre les agents responsables des mauvais traitements infligés à Madame Honorine Porsche ».
Une enquête judiciaire ouverte
Huit militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) ont été déférés devant la Cour militaire de Kinshasa-Gombe dès le lundi 20 octobre. Ils sont accusés d’avoir infligé des traitements inhumains et dégradants à la suspecte lors de son arrestation. Selon le parquet militaire, les vidéos démontrent que les agents ont déshabillé publiquement la femme, un acte qualifié d’« indigne et contraire à l’éthique militaire ».
Parmi les accusés figurent plusieurs officiers, dont le colonel Désiré Munesa, des capitaines et des soldats de rang, poursuivis pour violation de consignes, non-dénonciation d’infractions et abstention coupable.
Honorine Porsche vivait en Allemagne depuis l’âge de 7 ans. Elle aurait séjourné à Kinshasa depuis quelques jours seulement avant le braquage, logeant dans un hôtel du centre-ville. Des images de vidéosurveillance du braquage, diffusées par Actualité.cd, la montrent tenant une mallette et un pistolet. Elle aurait déclaré par la suite que l’arme était factice, une information que les autorités n’ont pas encore confirmée.
Les observateurs dénoncent un usage disproportionné de la force et rappellent que la présomption d’innocence reste un principe fondamental, même dans les affaires criminelles.
Kuzamba Mbuangu


