POLITIQUE :POURQUOI 25 ANS PARAÎT TROP JEUNE POUR UN MINISTRE AUJOURD’HUI ?
Au lendemain des indépendances, la jeunesse incarnait l’avenir. Dans les deux Congo, il n’était pas rare de voir des ministres ou hauts responsables politiques âgés de 25 à 30 ans. La rareté des élites formées, souvent revenues d’Europe, obligeait les jeunes diplômés à assumer très tôt des responsabilités d’État. L’âge n’était pas un obstacle : au contraire, il symbolisait la modernité et l’audace d’une génération appelée à construire la nation.
Dans les années 1960, quelques centaines seulement d’universitaires congolais pouvaient prétendre à des postes de commandement. Les gouvernements leur ouvraient donc grand les portes. Les jeunes ministres étaient perçus comme les pionniers d’une Afrique nouvelle, capables de rivaliser avec les partenaires internationaux malgré leur manque d’expérience.
La rareté des élites avait propulsé de très jeunes responsables au gouvernement : Thomas Kanza et Sophie Kanza en RDC, Claude-Ernest Ndalla ou Alfred Raoul à Brazzaville, tous nommés avant 30 ans. La jeunesse représentait alors une ressource politique, gage de modernité et d’élan national.
Soixante ans plus tard, la donne a changé. Dans les deux Congo, un ministre de 25 ans paraîtrait presque non-conforme. L’État s’est institutionnalisé, la fonction ministérielle est devenue synonyme de gestion technique et stratégique, et l’expérience accumulée est désormais considérée comme la clé de la légitimité. Là où hier on valorisait l’audace, aujourd’hui on réclame le parcours. L’ancienneté et le réseau comptent souvent plus que la compétence ou l’innovation. Résultat : malgré une jeunesse surdiplômée, l’ascension politique reste largement minoritaire . Un contraste saisissant avec les années 1960, où la rareté ouvrait toutes les portes.
Le paradoxe reste flagrant. Plus de 60 % de la population congolaise a moins de 25 ans. Pourtant, dans les sphères de décision, les jeunes restent sous-représentés. L’écart entre la démographie et la représentation politique nourrit un sentiment d’exclusion générationnelle. Les deux Congo, comme beaucoup de pays africains, vivent ainsi sous le poids d’une gérontocratie qui peine à se renouveler.
Ainsi,la question demeure : faut-il attendre des responsables politiques l’expérience accumulée au fil des décennies, ou bien renouer avec l’audace d’autrefois ?
Ginta


