CARRIERE DE KOMBE : DES CENTAINES DE TRAVAILLEURS PLONGÉS DANS L’INCERTITUDE
La fermeture temporaire d’une partie de la carrière de Kombé, dans le sud de Brazzaville, met à l’arrêt une importante activité économique dont dépendent des centaines de familles. Entre le différend foncier opposant carriers et terriens, l’installation de la société chinoise Global Chine sur une partie du site et des conditions de travail jugées précaires, les inquiétudes grandissent parmi les travailleurs.
À l’approche de la carrière de Kombé, le fracas des marteaux se mêle au va-et-vient incessant des camions dans un épais nuage de poussière. Sur ce site où la pierre est extraite, concassée et vendue, hommes et femmes travaillent sans relâche pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Depuis l’arrivée de la société chinoise Global Chine sur une partie de la carrière, plusieurs employés dénoncent des conditions de travail qu’ils jugent difficiles.
« Quel que soit le poste occupé, nous sommes payés 2 000 FCFA de l’heure », affirme un ouvrier, épuisé par sa journée de travail. Un autre, qui préfère garder l’anonymat, ajoute : « À la machine de transformation des pierres, chauffeurs et ouvriers sont rémunérés au même tarif, quel que soit le volume de travail fourni. »
Assis non loin des logements occupés par les ressortissants chinois, un employé évoque également la situation de la femme de ménage. « Elle aussi est payée 2 000 FCFA de l’heure alors qu’elle assure le ménage, la cuisine, la vaisselle et la lessive de plusieurs agents, entièrement à la main. »
Au-delà des salaires, les travailleurs dénoncent l’absence de protection sociale. « Les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées. Quand on tombe malade, il n’y a ni assurance maladie ni prise en charge. Si l’absence dure, on risque d’être remplacé. Beaucoup viennent travailler malgré la maladie par peur de perdre leur emploi », confie un ouvrier.
À ces difficultés s’ajoute la fermeture de la carrière depuis plus de deux semaines, conséquence des négociations en cours entre carriers et terriens autour de la délimitation du site. Cette interruption d’activité prive aujourd’hui de revenus des centaines de familles qui vivent exclusivement de l’exploitation de la pierre.
Malgré cette précarité, les carriers s’acquittent de différentes taxes. À chaque chargement, ils versent 5 000 FCFA de droits d’extraction aux chefs de carrière ainsi que 1 000 FCFA au service des mines installé au commissariat de Kombé. Un reçu leur est ensuite délivré et doit être présenté aux différents postes de contrôle, notamment au pont du Djoué, au Camp Makala et au niveau du Lycée agricole Amilcar Cabral (LAAC).
Pour Melvie, carrier depuis plusieurs années, les revenus restent très variables. « Le prix d’un camion oscille entre 25 000 et 50 000 FCFA selon la qualité de la pierre et la négociation avec le client. Il faut trois à quatre jours pour remplir un camion de caillasse et jusqu’à une semaine lorsqu’il s’agit de gravier », explique-t-il. Comme beaucoup, il travaille sur le site avec ses enfants.
Les conditions de sécurité demeurent également préoccupantes. Les travailleurs affirment qu’aucun dispensaire n’est disponible sur la carrière malgré la fréquence des accidents. « Un collègue a récemment reçu un éclat de pierre dans l’œil. Il a été transporté à l’hôpital mais souffrirait toujours de troubles de la vision. Les soins spécialisés sont très coûteux », témoigne Melvie
Autour de la carrière gravite toute une économie informelle. Restauratrices, vendeuses ambulantes, transporteurs et pêcheurs tirent également leurs revenus de cette activité. La fermeture du site affecte donc bien au-delà des seuls carriers.
Pour Gédéon Malanda, une cinquantaine d’années, la carrière représente un véritable poumon économique pour les populations locales. Il redoute une privatisation progressive du site au profit d’opérateurs étrangers. « Cette carrière nourrit de nombreuses familles. Si elle passe entièrement aux mains d’entreprises privées, beaucoup de personnes risquent de perdre leur seule source de revenus », prévient-il.
Les carriers appellent enfin à une résolution rapide et pacifique du conflit foncier opposant terriens et carriers. Ils espèrent que les discussions aboutiront afin que les activités reprennent dans un climat apaisé et que cette carrière continue de contribuer à l’économie locale tout en assurant des moyens de subsistance à des centaines de familles.
Annette Kouamba Matondo




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